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« Le trompé détrompé », EUGENE LABICHE, Un chapeau de paille d’Italie
mercredi 15 août 2007
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Scène VIIIFADINARD, BEAUPERTHUIS
FADINARD, se promenant, agité. - Elle n’y est pas ! j’ai fouillé partout ! j’ai tout bouleversé... je n’ai rencontré sur ma route qu’une collection de chapeaux de toutes les couleurs bleu, jaune, vert, gris... l’arc-en-ciel... et pas un fétu de paille !
BEAUPERTHUIS, entrant par la même porte que FADINARD. - Le voilà !... il a fait le tour de l’appartement... ah ! je te tiens !... (Il le saisit au collet.)
FADINARD - Lâchez-moi !
BEAUPERTHUIS, cherchant à l’entraîner vers l’escalier. - Ne te défends pas... j’ai un pistolet dans chaque poche...
FADINARD - Pas possible !... (Tandis que les deux mains de Beauperthuis le tiennent au collet, Fadinard plonge les siennes dans les poches de Beauperthuis, prend les pistolets, et le couche en joue.)
BEAUPERTHUIS, le lâchant et reculant effrayé. - A l’assass...
FADINARD, criant. - Ne criez pas... ou je commets un déplorable fait-Paris.
BEAUPERTHUIS. - Rendez-moi mes pistolets
FADINARD, hors de lui. - Donnez-moi le chapeau... le chapeau ou la vie !
BEAUPERTHUIS, anéanti et suffoquant. - Ce qui m’arrive là est peut-être unique dans les fastes de l’humanité !... J’ai les pieds à l’eau... j’attends ma femme... et voilà un monsieur qui vient me parler de chapeau et me viser avec mes propres pistolets...
FADINARD, avec force et le ramenant au milieu de la scène. - C’est une tragédie !... vous ne savez pas... un chapeau de paille mangé par mon cheval... dans le bois de Vincennes... tandis que sa propriétaire errait dans la forêt avec un jeune milicien !
BEAUPERTHUIS. - Eh bien ?... qu’est-ce que ça me fait ?
FADINARD. - Mais vous ne comprenez pas qu’ils se sont incrustés chez moi... à bail de trois, six, neuf...
BEAUPERTHUIS. - Pourquoi cette jeune veuve ne rentre-t-elle pas chez elle ?...
FADINARD. - Jeune veuve, plût au ciel ! mais il y a un mari.
BEAUPERTHUIS. - Ah bah ! ah ! ah !
FADINARD. - Une canaille ! un gredin ! un idiot ! qui la pilerait sous ses pieds... comme un frêle grain de poivre.
BEAUPERTHUIS. - Je comprends ça
FADINARD. - Oui, mais nous le fourrerons dedans... le mari ! grâce à vous... gros farceur ! gros gueux-gueux ! n’est-ce pas que nous le fourrerons dedans ?
BEAUPERTHUIS. - Monsieur, je ne dois pas me prêter...
FADINARD. - Dépêchons-nous... voici l’échantillon... (Il le lui montre.)
BEAUPERTHUIS, à part, voyant l’échantillon. - Grand Dieu !
FADINARD. - Paille de Florence... coquelicots...
BEAUPERTHUIS, à part. - C’est bien ça ! c’est le sien !... et elle est chez lui... Les gants de Suède étaient une craque !
FADINARD. - Voyons... combien ?...
BEAUPERTHUIS, à part. - Oh ! il va se passer des choses atroces... (Haut.) Marchons, monsieur. (Il lui prend le bras.)
FADINARD. - Où ça ?
BEAUPERTHUIS. - Chez vous !
FADINARD. - Sans chapeau ?
