« La mort de Ruy Blas », Ruy Blas, Victor Hugo, 1838
mercredi 15 août 2007
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LA REINE.
Que voulez-vous ?RUY BLAS, joignant les mains.
Que vous me pardonniez, madame !LA REINE.
Jamais.RUY BLAS.
Jamais !Il se lève et marche lentement vers la table.Bien sûr ?LA REINE.
Non, jamais !RUY BLAS.
Il prend la fiole posée sur la table, la porte à
ses lèvres et la vide d’ un trait.Triste flamme,
Éteins-toi !LA REINE, se levant et courant à lui.
Que fait-il ?RUY BLAS, posant la fiole.
Rien. Mes maux sont finis.
Rien. Vous me maudissez, et moi je vous bénis.
Voilà tout.LA REINE, éperdue.
Don César !RUY BLAS.
Quand je pense, pauvre ange,
que vous m’ avez aimé !LA REINE.
Quel est ce philtre étrange ?
Qu’ avez-vous fait ? Dis-moi ! Réponds-moi !
Parle-moi !
César ! Je te pardonne et t’ aime, et je te crois !RUY BLAS.
Je m’ appelle Ruy Blas.LA REINE, l’ entourant de ses bras.RUY BLAS, je vous pardonne !
Mais qu’ avez-vous fait là ? Parle, je te l’ ordonne !
Ce n’ est pas du poison, cette affreuse liqueur ?
Dis ?RUY BLAS.
Si ! C’ est du poison. Mais j’ ai la joie au cœur.Tenant LA REINE embrassée et levant les yeux au ciel.Permettez, ô mon Dieu, justice souveraine,
que ce pauvre laquais bénisse cette reine,
car elle a consolé mon cœur crucifié,
vivant, par son amour, mourant, par sa pitié !LA REINE.
Du poison ! Dieu ! C’ est moi qui l’ ai tué ! - Je t’ aime !
Si j’ avais pardonné ? ...RUY BLAS, défaillant.
J’ aurais agi de même.Sa voix s’ éteint. LA REINE le soutient dans ses bras.Je ne pouvais plus vivre. Adieu !Montrant la porte.Fuyez d’ ici !-* Tout restera secret. - Je meurs.Il tombe.LA REINE, se jetant sur son corps.
Ruy Blas !RUY BLAS,
qui allait mourir, se réveille à son nom prononcé
par LA REINE.Merci !

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