Strict Standards: Only variables should be passed by reference in /homez.380/bourillo/www/pangnosis/ecrire/public/composer.php(49) : eval()'d code on line 309
LA CONSTRUCTION D’UN GRAND MAGASIN
par
popularité : 78%
Grâce à Alexandria, cliquez sur n’importe quel mot du texte pour en obtenir sa définition ou sa traduction.
À Paris, sous le second Empire, un petit marchand de drap, Baudu, voit se construire un gigantesque magasin de mode : Au bonheur des dames. Derrière l’enclos des planches qui délimitent l’îlot de construction, les murs qui s’élèvent annoncent sa ruine…
Maintenant les murs s’élevaient au premier étage ; des échafauds, des murs de charpentes, enfermaient l’île entière : sans arrêt, on entendait le grincement des treuils montant les pierres de taille, le déchargement brusque des planches de fer, la clameur de ce peuple d’ouvriers, accompagnée du bruit des pioches et des marteaux. Mais par-dessus tout, ce qui assourdissait les gens, c’était la trépidation des machines ; tout marchait à la vapeur, des sifflements aigus déchiraient l’air ; tandis que, au moindre coup de vent, un nuage de plâtre s’envolait et s’abattait sur les toitures environnantes, ainsi qu’une tombée de neige. [...]
Du reste, la situation allait empirer encore. En septembre, l’architecte, craignant de ne pas être prêt, se décida à faire travailler la nuit. De puissantes lampes électriques furent établies, et le branle ne cessa plus : des équipes se succédaient, les marteaux n’arrêtaient pas, les machines sifflaient continuellement, la clameur, toujours aussi haute, semblait soulever et semer le plâtre.
Alors les Baudu, exaspérés, durent même renoncer à fermer les yeux ; ils étaient secoués dans leur alcôve, les bruits se changeaient en cauchemars, dès que la fatigue les engourdissait. Puis, s’ils se levaient, pieds nus, pour calmer leur fièvre, et s’ils venaient soulever un rideau, ils restaient effrayés devant la vision du Bonheur des Dames flambant au fond des ténèbres, comme une forge colossale, où se forgeait leur ruine. Au milieu des murs, à moitié construits, troués de baies vides, les lampes électriques jetaient de larges rayons bleus, d’une intensité aveuglante. Deux heures du matin sonnaient, puis trois heures, puis quatre heures. Et dans le sommeil pénible du quartier, le chantier agrandi par cette clarté lunaire, devenu colossal et fantastique, grouillait d’ombres noires, d’ouvriers retentissants dont les profils gesticulaient sur la blancheur crue des murailles neuves.
Zola : Au Bonheur des Dames Ch. 8
